mistralpigeon a écrit:
La société a-t-elle le devoir et le droit de condamner à mort ceux qui violent ses lois et qui portent atteinte à leur prochain ? Peut-on venger le crime illégal par le meurtre légal ? Pendant des siècles, ces questions ont rencontré une réponse unanimement positive. Il a fallu les excès mêmes de cette justice immanente comme de cette répression cruelle pour qu'apparaisse l'autre face de la question: la justice n'a-t-elle pas aussi comme rôle de donner une nouvelle chance réparatrice à ceux qui ont violé ses lois ? La justice ne doit-elle pas devenir aussi éducatrice, c'est-à-dire également protectrice des coupables ?

A mon avis, l'abolition de la peine de mort n'est que l'arbre qui cache la forêt. Ceux qui argumentent leur refus de cette peine par le fait qu'elle serait inhumaine et donc indigne de notre société pensent-ils réellement que priver de liberté un être humain et l'enfermer entre quatre murs pendant des décennies est plus "humain" et plus digne de notre part ?
La véritable problématique est celle de la punition : notre société n'accepte plus de punir.
En 81, lors des débats sur l'abolition de la peine de mort, on nous expliquait que les meurtriers "candidats" à cette peine serait enfermé "à vie" avec des peines incompressibles. Puis cette peine a été réduite à 20-30 ans. Puis avec les réductions de peines automatiques, à beaucoup moins que ça.
En fait, si on analyse la durée des peines de prisons depuis une trentaine d'année, on constate que pour les mêmes crimes, ces dernières n'ont cessé de se réduire. Seuls les crimes sexuels résistent un petit peu à cette tendance, et encore pas de beaucoup. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui l'auteur d'une agression physique très violente sera relâché dans la société dans les faits au bout d'une poignée d'année alors que tout le monde sait qu'il y a de forte chance qu'un citoyen sera à nouveau victime de sa violence.
Alors, pourquoi est-ce que notre société laisse faire ?
(je ne mets pas en cause particulièrement les juges, je pense que cette volonté (inconsciente ?) de ne plus punir est une volonté collective des citoyens)
A mon avis, tout simplement parce qu'il est beaucoup plus facile de jouer le rôle du "gentil" que d'assumer la responsabilité de celui du "méchant". Condamner quelqu'un à mort ou à l'enfermement à vie, fut-il un très dangereux criminel, cela reste infliger une souffrance à un individu. Et même si on peut avoir des raisons légitimes d'infliger cette punition, cette souffrance (et la privation de liberté en est une), il n'est pas possible de l'infliger tout en gardant bonne conscience. Pour caricaturer, je dirais que cela empêche de trouver le sommeil sereinement.
Et donc on préfère inconsciemment sacrifier quelques futurs victimes à ces individus dangereux que l'on relâche dans la société (tout en espérant que cela ne soit pas nous ou un de nos proches) plutôt que d'avoir la mauvaise conscience d'être celui qui punit, qui empêche d'autres êtres humains de revenir dans notre société (par la mort ou l'enfermement à long terme), et de ne plus en dormir la nuit.